Martigny, deux mille ans au carrefour des Alpes
Il y a un endroit, dans la vallée du Rhône, où le fleuve tourne brutalement à angle droit. C'est là que Martigny s'est installée, et ce n'est pas un hasard : à ce coude convergent la route qui remonte la vallée, celle qui franchit les Alpes par le Grand-Saint-Bernard, et celle qui file vers l'ouest par la Forclaz. Une ville de passage, depuis toujours — et c'est ce qui explique presque toute son histoire.
Octodure, avant Rome
Le site est occupé bien avant l'arrivée des Romains par les Véragres, l'un des peuples celtes de la vallée. Le nom d'Octodurus apparaît dans les textes latins, et notamment chez Jules César, qui relate dans La Guerre des Gaules l'épisode d'un camp romain assiégé à cet endroit, sous le commandement de Servius Galba, autour de 57 avant notre ère. Les Romains cherchaient à sécuriser le passage alpin ; les habitants de la vallée ne l'entendaient pas ainsi.
Forum Claudii Vallensium, capitale romaine
Une fois le contrôle établi, Rome fait de ce site le chef-lieu de la province alpine qui correspond au Valais actuel, sous le nom de Forum Claudii Vallensium. La ville reçoit les équipements d'une capitale provinciale : forum, thermes, temples, et un amphithéâtre dont les vestiges sont toujours visibles.
C'est un point qui distingue Martigny de la plupart des villes suisses : son passé romain n'est pas une anecdote archéologique, c'est sa fondation même. Et cela a une conséquence très concrète aujourd'hui : le sous-sol de certains secteurs est archéologiquement sensible, ce dont tout projet touchant le terrain doit tenir compte.
L'évêché, puis son départ
Aux premiers siècles chrétiens, Martigny est le siège de l'évêché du Valais. C'est de là que l'autorité religieuse rayonne sur la vallée. Puis, vers la fin de l'Antiquité, le siège épiscopal est transféré en amont, à Sion — un déplacement lié à l'insécurité de l'époque, et qui a durablement redistribué les rôles entre les deux villes. Sion deviendra la capitale politique ; Martigny restera la ville du passage et du commerce.
La tour de La Bâtiaz
Au Moyen Âge, le contrôle du carrefour se matérialise par un château perché sur le rocher qui domine la ville, du côté de La Bâtiaz. Sa tour ronde, encore debout, est devenue la silhouette emblématique de Martigny — et elle rappelle ce que la ville a toujours été : un verrou sur une route.
1818 : la débâcle du Giétroz
C'est l'événement le plus marquant de l'histoire moderne de la ville. En amont, dans le val de Bagnes, un glacier obstrue la vallée et forme un lac. Lorsque le barrage naturel cède, une masse d'eau et de matériaux dévale la vallée de la Dranse et atteint Martigny, causant des destructions et des pertes considérables.
Cette catastrophe a laissé deux héritages : une conscience aiguë des dangers naturels, et le début d'une longue politique d'aménagement des cours d'eau. C'est aussi ce qui explique que, dans cette région, les cartes de dangers naturels soient un document que tout acquéreur de terrain devrait consulter — voir notre guide des frais d'acquisition et de construction.
Le XIXe siècle : la plaine et le rail
La grande affaire de la modernité valaisanne est hydraulique : la correction du Rhône, entreprise au XIXe siècle et poursuivie depuis, transforme une plaine marécageuse et inondable en terres agricoles puis constructibles. Sans elle, la plaine de Martigny — vergers, vignes, zones d'activités, quartiers résidentiels — n'existerait pas sous sa forme actuelle.
Le chemin de fer arrive dans la seconde moitié du siècle et confirme le rôle de carrefour : Martigny devient un nœud ferroviaire, point de départ des lignes qui remontent vers les vallées latérales et vers la France par le Trient — voir Vernayaz, à l'entrée des gorges.
Le XXe siècle : le verger, l'industrie, la culture
La plaine assainie devient l'un des grands vergers de Suisse — abricots, poires, fraises —, activité qui structure encore le paysage et l'économie des communes voisines comme Saxon et Charrat. Le coteau, lui, reste au vignoble.
La ville acquiert une dimension nouvelle en 1978 avec l'ouverture de la Fondation Pierre Gianadda, construite autour des vestiges d'un temple gallo-romain découvert sur le site. Elle attire depuis un public international pour des expositions d'art de premier plan — un cas rare de ville de vingt mille habitants dotée d'une institution culturelle de ce rayonnement. S'y ajoute la Foire du Valais, grand rendez-vous économique et populaire d'automne.
Ce que l'histoire a laissé sur le terrain
- Une position de carrefour, avec ce qu'elle implique : accessibilité remarquable, et exposition au bruit des axes selon l'adresse.
- Un sous-sol archéologiquement sensible dans certains secteurs, à intégrer à tout projet touchant le terrain.
- Une plaine constructible conquise sur le fleuve — c'est elle qui permet à Martigny de disposer encore de foncier, contrairement à beaucoup de communes romandes.
- Une conscience des dangers naturels, héritée de 1818, formalisée aujourd'hui dans les cartes de dangers.
- Deux échelles de ville : le bourg ancien et la ville moderne, dont les marchés immobiliers ne se comportent pas de la même façon — voir notre comparatif par quartier.
Page d'information historique, état en août 2026. Sources : Dictionnaire historique de la Suisse, Musées cantonaux du Valais, ville de Martigny, Fondation Pierre Gianadda, archives de l'État du Valais.
