Nouvel arrivant à Martigny : acheter quand on vient d'ailleurs
Le Bas-Valais emploie une main-d'œuvre étrangère nombreuse — construction, agriculture, hôtellerie, santé, industrie — et beaucoup de ces personnes s'installent durablement, louent quelques années, puis se demandent si l'achat est possible. La réponse est presque toujours oui. Mais elle dépend d'un couple de critères que le nom de la loi rend contre-intuitif : ce n'est pas votre nationalité seule qui compte, c'est la combinaison de votre nationalité et de votre domicile.
Trois questions se posent, dans cet ordre : ai-je le droit d'acheter, une banque me financera-t-elle, et ai-je compris la fiscalité suisse du logement ?
1. Le droit d'acheter
La règle vient de la loi fédérale sur l'acquisition d'immeubles par des personnes à l'étranger (LFAIE, RS 211.412.41), dite Lex Koller : l'acquisition par une personne à l'étranger est soumise à autorisation cantonale (art. 2 al. 1). La définition de la « personne à l'étranger » figure à l'art. 5.
| Votre statut | Ce que vous pouvez acquérir à Martigny |
|---|---|
| Permis C, domicilié en Suisse | Tout, sans autorisation ni restriction d'usage. |
| Permis B, ressortissant UE/AELE, domicilié effectivement en Suisse | Tout également, aux mêmes conditions qu'un permis C. |
| Permis B, ressortissant d'un État tiers, domicilié en Suisse | Sans autorisation, le logement qui sera votre résidence principale au lieu de votre domicile effectif (art. 2 al. 2 let. b LFAIE). Un objet de rendement reste soumis à autorisation. |
| Permis L ou contrat de saison | Le titre de courte durée ne vaut pas domicile par lui-même. Situation fréquente ici : à faire qualifier par un notaire avant toute offre. |
| Domicilié à l'étranger | Régime de l'autorisation, et la voie du logement de vacances n'est pas ouverte en ville. Elle peut l'être dans certaines communes voisines — voir notre page Lex Koller à Martigny. |
Le point que les nouveaux arrivants manquent le plus souvent. Le domicile qui compte est le domicile effectif au moment de l'acte, pas celui que vous aurez plus tard. Acheter « en vue de s'installer » relève encore du régime de l'autorisation. L'ordre — annoncer son arrivée, s'établir, puis acheter — n'est pas une formalité : il change la loi applicable, et une acquisition faite sans l'autorisation requise est nulle.
2. Le financement, là où ça se joue vraiment
C'est l'obstacle principal, et il n'a rien de juridique. Les établissements suisses appliquent les critères posés par les directives d'autorégulation de l'Association suisse des banquiers.
Les fonds propres
Une part du prix doit être financée sur fonds propres, dont une fraction ne peut pas provenir du 2ᵉ pilier (LPP). Pour un arrivant récent, la difficulté est mécanique : le capital de prévoyance accumulé en Suisse est encore mince, et les avoirs détenus à l'étranger ne sont pas toujours mobilisables ni reconnus au même titre. Un apport constitué à l'étranger doit pouvoir être documenté quant à son origine.
La capacité financière, et la question saisonnière
La banque calcule une charge théorique — taux majoré, amortissement, forfait d'entretien — qui doit rester dans une proportion limitée du revenu, usuellement le tiers selon la pratique bancaire suisse.
Le point spécifique à ce bassin est la nature du contrat de travail. Les emplois saisonniers et temporaires sont très présents dans l'économie locale, et les établissements les examinent avec attention : un enchaînement de saisons n'équivaut pas à un contrat de durée indéterminée. Ce qui convainc n'est pas un discours mais un historique documenté — contrats successifs, attestations de reconduction, relevés de salaire sur plusieurs années.
Ce que la banque regarde en plus
- Le type de permis et son échéance. Un permis C rassure ; un permis B récent conduit souvent à exiger davantage de fonds propres.
- L'absence d'historique bancaire suisse, qui allonge l'instruction sans la bloquer.
- Le type de bien. Une maison individuelle à rénover ou un terrain à construire ne se financent pas comme un appartement existant — voir notre guide des frais d'acquisition et de construction.
Obtenez un accord de financement écrit avant de faire une offre.
3. La fiscalité, qui ne fonctionne pas comme ailleurs
- La valeur locative. Occuper son propre logement génère un revenu imposable théorique, ajouté à votre revenu. En contrepartie, les intérêts de la dette et certains frais d'entretien sont déductibles. C'est pourquoi amortir intégralement sa dette n'est pas toujours l'option la plus avantageuse — un arbitrage à faire avec un conseil.
- L'impôt à la source. De nombreux titulaires de permis B y sont soumis. L'acquisition d'un bien et les déductions qui l'accompagnent peuvent justifier une taxation ordinaire ultérieure : vérifiez modalités et délais auprès de l'administration fiscale valaisanne.
- La charge fiscale communale varie d'une commune valaisanne à l'autre. Comparez-la entre les communes du bassin avant d'arbitrer.
Le calendrier d'une installation
- Annonce d'arrivée au contrôle des habitants, dans le délai prévu par la loi fédérale sur les étrangers et l'intégration (art. 12 LEI). C'est cette démarche qui fonde le domicile.
- Louer d'abord. Voir notre guide du dossier de location, qui traite en particulier la présentation d'un dossier saisonnier.
- Cadrage fiscal avec un conseil, avant d'acheter.
- Accord de financement écrit auprès d'un établissement suisse.
- Recherche et offre, une fois le budget réel connu, frais compris.
- Acte notarié et inscription au registre foncier, qui opère le transfert.
Questions fréquentes
Je travaille en saison depuis six ans. Puis-je acheter ?
Pour la LFAIE, ce qui compte est votre domicile effectif et votre autorisation de séjour. Pour la banque, c'est la régularité documentée du revenu. Les deux questions sont distinctes et doivent être traitées séparément — la première par un notaire, la seconde par un établissement.
Faut-il attendre le permis C ?
Juridiquement non, dans la plupart des situations. Financièrement, cela change souvent les conditions obtenues.
Puis-je acheter un chalet dans une commune voisine ?
Si vous êtes domicilié en Suisse, oui — sous réserve de l'affectation du logement au regard de la Lex Weber. Voir notre page résidence secondaire.
Que se passe-t-il si je quitte la Suisse après avoir acheté ?
Vous n'êtes pas contraint de vendre, mais votre statut au regard de la LFAIE change avec votre domicile, ce qui peut affecter l'usage que vous pouvez faire du bien. Faites qualifier la situation avant de partir.
Pour aller plus loin
Le régime sous lequel se vend une grande partie du parc martignerain est décrit sur notre page PPE et charges, et la lecture du marché dans l'observatoire du marché.
État en août 2026. Les règles de séjour, les exigences bancaires et les barèmes fiscaux évoluent : vérifiez la situation en vigueur auprès des autorités compétentes à la date de votre projet. Ce contenu est informatif et ne remplace pas l'avis d'un notaire, d'un conseil fiscal ou d'un établissement bancaire. Sources : LFAIE (RS 211.412.41), LEI (RS 142.20), administration fiscale du canton du Valais, directives d'autorégulation de l'Association suisse des banquiers.
